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Ce qui frappe d’abord, à propos de Poquelin, spectacle présenté à la carrière de Boulbon lors du Festival d’Avignon 2026, c’est qu’il semble être devenu l’un des spectacles les plus revendus sur le mur du cloître Saint-Louis, ce lieu où s’affichent les recherches et les reventes de billets.

Il y a donc, manifestement, une forme de rejet de la part du public avignonnais, un public pourtant plus familier que la moyenne de la culture et du spectacle vivant. Les poursuites judiciaires visant certains membres de la compagnie pour des infractions sexuelles ne sauraient, à elles seules, expliquer ce rejet d’estime.

Le fait qu’il s’agisse d’une compagnie flamande, et que la langue du spectacle ne soit pas la langue maternelle des comédiens, était connu avant la réservation. Cela peut expliquer certains balbutiements, des oublis de texte ou le recours à un souffleur. Mais cela non plus ne suffit pas à expliquer le rejet du spectacle. Tout le monde savait à quoi il s’engageait : plus de quatre heures à Boulbon.

Boulbon est un lieu qui suscite une attente presque magique. Le public y vient avec la mémoire de grands moments de théâtre, de ces soirs où le lieu lui-même devient partie prenante du spectacle.

Cette attente a été déçue. Aucune des potentialités du site ne semble avoir été réellement mise à profit. La plaine de l’Abbaye, à Villeneuve, eût fait l’affaire. Mais cela ne suffit toujours pas à expliquer le rejet.

Poquelin est un spectacle de tréteaux, sans véritable décor, presque sans costumes, sinon quelques fripes qu’Harpagon lui-même n’aurait peut-être pas osé revendre. Les comédiens y ont parfois davantage l’allure de bardes médiévaux ou de bikers californiens que de monstres sacrés hollywoodiens montant les marches du Festival de Cannes. Ils auraient presque semblé plus à leur place dans les rues d’Aurillac que dans la Cour d’honneur du Palais des Papes.

Et pourtant, le public riait. Il semblait apprécier.

Pas forcément celui qui revendait ses places au cloître Saint-Louis, mais celui qui s’identifiait aux acteurs. Celui pour qui Molière, c’est la France. Celui qui rit des Tartuffe, des avares, des puissants, des faux savants, des mœurs d’un autre temps, du statut imposé aux femmes et du pouvoir des pères.

Et si Poquelin, c’était Bonaparte avant Napoléon ? Le cri des gueux et des gilets jaunes avant le calme des États généraux et de la Révolution ? La classe du peuple avant les bourgeois de classe et la classe des bourgeois ?

Une partie du public peut s’identifier à la gouaille des acteurs, à leurs mémoires parfois approximatives, à cette manière de venir au théâtre comme on est.

Ce théâtre, je le qualifierais volontiers de théâtre McDonald’s : le public vient comme il est, voir des acteurs qui sont comme lui, avec ses forces et ses faiblesses, pour célébrer ce qui fait nation.

Ce qui fait nation : Molière.